La présidente du Syndicat national des journalistes du Cameroun, dénonce des comptes-rendus contradictoires publiés sur l’affaire Martinez Zogo. Sur son compte Facebook, elle appelle la presse à revenir aux fondamentaux du métier : exactitude, impartialité et respect des faits.
Marion Obam, présidente du Syndicat national des journalistes du Cameroun, s’élève contre ce qu’elle décrit comme une dérive dans le traitement médiatique de l’affaire Martinez Zogo. Dans un post diffusé mardi sur son compte Facebook, la journaliste dénonce des comptes-rendus d’audience publiés par des confrères qui, selon elle, se contredisent alors même qu’ils ont assisté aux mêmes débats, entendu les mêmes témoins et suivi les mêmes échanges entre les magistrats et les parties.
Je suis profondément choquée en lisant les comptes-rendus de la dernière audience de l’affaire Martinez Zogo. Comment des journalistes, assis dans la même salle, écoutant les mêmes témoins et les mêmes magistrats, peuvent-ils produire des articles aussi diamétralement opposés ?
Pour Marion Obam, cette divergence de récits donne l’impression d’assister à une guerre de fictions où chacun choisit son camp, au détriment des faits. Elle estime que cette situation alimente la confusion dans l’opinion publique et affaiblit la portée même de l’exigence de justice que réclame la société camerounaise depuis l’assassinat du journaliste en janvier 2023.
L’affaire Martinez Zogo reste l’un des dossiers judiciaires les plus suivis du pays. L’animateur de radio et journaliste d’investigation a été retrouvé mort le 22 janvier 2023 à Yaoundé, cinq jours après son enlèvement. Le dossier, instruit devant le Tribunal militaire, porte sur des faits d’assassinat et de complicité d’assassinat. Plusieurs prévenus, civils et militaires, sont poursuivis. Les audiences sont régulièrement marquées par l’audition de témoins, d’experts et la production de pièces, dans une salle d’audience ouverte à un nombre limité de journalistes et d’observateurs.
Le journalisme n’a pas besoin de propagande
Face à cette couverture intense, Marion Obam rappelle le socle déontologique du métier. Elle insiste sur le fait que le premier devoir du journaliste envers le public est l’exactitude et l’impartialité. « Face à un drame qui a secoué toute notre nation, le peuple camerounais n’a pas besoin de propagande, de règlements de comptes par médias interposés ou de sensationnalisme. Nous avons droit à la vérité, brute et non filtrée », affirme-t-elle. Elle déplore que certains traitements médiatiques s’apparentent davantage à des prises de position qu’à des comptes-rendus factuels, et appelle à une séparation stricte entre l’information vérifiée et le commentaire.
Pour la présidente du SNJC, le journalisme ne peut être réduit à « un outil de manipulation» ni à «un tribunal» populaire. « C’est un service public. Quand la déontologie est sacrifiée sur l’autel des intérêts partisans, c’est toute la confiance de la population envers les médias qui s’effondre », souligne-t-elle. Elle invite les rédactions à renforcer le travail de vérification, à croiser systématiquement les sources et à distinguer clairement dans leurs publications ce qui relève des faits établis, des déclarations des parties et des analyses propres au journaliste.
Marion Obam considère que l’affaire Zogo met à l’épreuve la crédibilité de l’ensemble de la presse camerounaise. Elle estime que la manière dont les médias couvrent ce procès aura des conséquences durables sur la relation entre les citoyens et l’information. « En mémoire de Martinez Zogo, et pour l’avenir de notre justice, nous exigeons des faits, rien que des faits. Respectez notre intelligence, respectez votre noble métier », écrit-elle en conclusion de son texte.
Son intervention intervient alors que plusieurs organisations de défense de la liberté de la presse suivent de près le déroulement du procès. Elles appellent à la transparence des débats, à l’accès équitable des journalistes aux informations du dossier et à la protection des professionnels qui couvrent l’affaire. Dans ce contexte, la question de la responsabilité éditoriale revient au centre du débat. Plusieurs responsables de rédactions interrogés estiment que les différences de traitement s’expliquent en partie par le volume des éléments versés au dossier et par les interprétations juridiques divergentes présentées par les avocats des parties. Ils rappellent également que le principe de la présomption d’innocence s’applique à tous les prévenus jusqu’à une décision de justice définitive.
Le SNJC au cœur des formations
Marion Obam, elle, place le curseur sur l’exigence d’éthique. Elle considère que la rigueur dans le traitement médiatique est une condition pour restaurer la confiance entre les médias et le public camerounais. Selon elle, le public a droit à une information vérifiée, contextualisée et présentée sans parti pris. C’est, dit-elle, la seule manière de rendre hommage au travail de Martinez Zogo et de contribuer à ce que la justice suive son cours dans un climat apaisé.
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Le SNJC dont elle est la présidente nationale, mène très souvent des actions de sensibilisation auprès de ses membres sur les bonnes pratiques en matière de couverture judiciaire. L’organisation insiste sur la nécessité de respecter les règles de base : vérifier les informations avant publication, éviter les titres trompeurs, et ne pas présenter comme établis des faits qui relèvent encore de l’instruction. La prochaine audience de l’affaire Martinez Zogo est attendue dans les semaines à venir. Pour Marion Obam, chaque compte-rendu publié d’ici là sera un test pour la profession.
Le texte, diffusé largement sur les réseaux professionnels, a suscité de nombreuses réactions parmi les journalistes et les acteurs de la société civile. Certains saluent un rappel à l’ordre nécessaire, d’autres appellent à un débat plus large sur les conditions de travail des journalistes et sur les pressions qu’ils subissent dans la couverture des affaires sensibles.
